    Le dimanche nous avons pris la route et découvert la campagne chinoise. Assis derrière le chauffeur, sur une des banquettes de son van, nous admirions le paysage et la pose angélique de Titouan, endormi sur nos cuisses.
La première escale nous mena à Mukeng.
C'était l'occasion d'une nouvelle randonnée. Départ au pied d'un lac artificiel puis ascension de la colline par un sentier de terre parmi les rizières et les pins, afin de quitter le fond de la vallée. Au détour d'un virage, le village perché nous est apparu. Préservé du tourisme de masse, il laisse au visiteur le choix de l'itinéraire dans ses quelques rues étroites. Egarés dans une maison en construction, nous nous laissons guidés par les habitants qui nous indiquent un raccourci. Je sue à grosses gouttes et Marion est un peu essoufflée quand enfin nous arrivons au plus haut point du village. Nous échangeons quelques mots et maints sourires avec des villageois qui tapent le carton sous un préau. Une petite fille court après une poule dans une cour de ferme, des singes veulent nous apprendre à faire la grimace mais on décline l'invitation, de peur qu'ils prennent notre ouis-titi pour un des leurs.
Sur le chemin du retour, nous sympathisons avec des sexagénaires Suisses pleins de vigueur, venus passer 3 semaines en Chine, loin des grandes villes.
Après une halte pour acheter de l'eau, nous partons pour Tachuan, village niché au bord de la route, sans grand intérêt et enfin Hongcun.
Ce dernier, où nous passons la nuit dans un siheyuan (habitation à cour carré), dégage un charme suranné. Il faut flâner dans ses ruelles de la largeur d'une charrette, jeter un œil dans les jardins des maisons souvent portes ouvertes, épier par-dessus l'épaule des étudiants en école des beaux-arts venus par dizaines affûter leur sens de la perspective au crayon, à la plume ou au pinceau pour les plus doués.
Après une sorte de boucle dans la vieille ville, nous débouchons sur un étang couvert de nénuphars, passons un pont de marbre et nous reposons sur la berge. Je trouve le moyen d'asseoir Titouan sur le seul chewing gum écrasé du village, dommage pour le pantalon!
Une rivière presque asséchée peine à mouiller les galets, un cheval broute l'herbe sauvage, Titouan court comme un fou sur les pavés de la route qui nous ramène vers notre gîte. Depuis celle-ci, le village semble entouré d'eau. Ce dispositif fut inspiré des plans d'un géomancien. A la suite d'un incendie, pour protéger à l'avenir le village du feu, il le fit reconstruire à l'image d'un buffle, animal lié à l'eau. Le réseau des canalisations symbolise les intestins, les eaux sont recueillies dans l'étang qui fait office d'estomac. Deux arbres géants à l'entrée du village encornent les démons.
Nous faisons une escale dans un magasin de vêtements, où je négocie une remise ridicule sur un magnifique qipao (robe cintrée et fendue au-dessus des genoux jusqu'aux hanches) en toile peinte pour lequel Marion et moi avons eu un coup de coeur.
Le dîner est infect mais nos hôtes adorables. Je me force à manger un peu de bœuf mais n'y parviens guère. Nous avons heureusement commandé des nouilles sautées, qui elles sont comestibles et nous évitent de mourir de faim. Titouan a droit en dessert à des compotes, nous goûtons avec plaisir aux gâteaux de lune (sorte de madeleine fourrées à la pâte de haricot rouge ou à une simili gelée de framboise).
Le lendemain, nous avons droit à un nouveau petit déjeuner "local".
Je fais l'erreur de grignoter de cacahuètes et de cornichons épicés entre deux bouchées de porridge. Mes intestins (qui sont ceux d'un taureau et non d'un buffle) m'en tiendront rigueur quatre jours durant, m'obligeant à les calmer à grandes doses de médicaments ad hoc.
Marion ne prend heureusement pas de risques stupides et s'évite ainsi ce genre de désagréments que le bébé n'aimerait pas davantage.
Enfin nous partons pour Nanping, un village où ont été tournés de nombreux films chinois dans les années 80, puis Guanlu, bordé de rizières. Notre périple s'achève par Xidi, un superbe village traversé par des canaux, avec des maisons traditionnelles agées parfois de cinq siècles, comme on en voit guère plus à Pékin, construites face à des jardins immenses et ombragés par des palmiers. On les dit toujours habitées par les descendants des marchands du clan Ye, qui firent fortune grâce au commerce du bois et du thé.
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