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Jour 1

J'écris ces pages avec un drôle de stylo emprunté à l'hôtel.

De forme classiquement oblongue à proximité de la bille, il devient plat comme une palme à mi-hauteur. Le design jusqu'au bout des doigts, voilà un détail qui sied bien à cette ville étrange. J'ai d'abord maudit Hong Kong à mon arrivée à l'aéroport international. Levé à cinq heures moins le quart pour arriver assez tôt au Capital Airport de Pékin, je ne m'attendais pas à une si longue journée de voyage. Jugez plutôt. L'avion CA101 décolla comme prévu à 8h du terminal 3 (dont les dimensions gigantesques obligent à déambuler sans fin pour atteindre les portes d'embarquement) et atterrit à l'international HK airport à 11h30. Hélas, il me fallut encore deux heures pour atteindre mon hôtel. Une fois à l'aéroport il faut en effet marcher un quart d'heure, prendre un premier train, faire la queue à l'immigration, refaire la queue pour acheter un Airport Express Train Ticket (les bus ne circulant plus en raison des fortes pluies qui avaient coupé l'unique route reliant Lantau à Kowloon), prendre le train, chercher un distributeur de billets, attendre un taxi, se faire comprendre du chauffeur et enfin, voir le jour, les docks, les premières tâches de verdure, les premiers light bus, ces minibus à seize places, sur Ashley road, les premières boutiques de luxe sur Nathan road. Le sourire est revenu à cet instant. J'ai aimé Kowloon à la première seconde, son air moite, ses autochtones élégants et décontractés, ses néons qui attendent la nuit pour briller de leur plus bel éclat mais qui déjà attirent le regard sur leur couleur et leur forme fantaisiste.

A peine installé je partis en quête d'un restaurant indien, le Gaylord, indiqué dans le Lonely planet. Il avait l'air glauque quand j'y entrai et heureusement le chef ne servait plus à 15h. Je cherchais alors le Fat's domino, qui lui avait changé d'adresse. Finalement, je trouvai refuge au Ned Kelly, un bar restaurant jazz où j'avalais une sorte de hamburger au poulet mariné, aux oignons frits bien épicé et accompagné de frites maison. J'avais repris quelques forces mais me sentais un peu comateux. Je décidai de poursuivre ma route plein sud vers le bord de mer. Je passai par les couloirs du métro, sous Salisbury road et guidé par les embruns, je débouchai sur l'esplanade, au pied du HK cultural center.

Quel spectacle !

Fouetté par la pluie, je m'assis sur les marches et observai le panorama composé de gratte-ciels ultra modernes, de palmiers décoiffés par le vent, du bras de mer entre eux et moi, où passaient sans discontinuer des navires marchands.

En humant la houle, je pensai une fois de plus que la mer, ou du moins le bord de mer reviendrait toujours se rappeler à la mémoire de ma chair et de mes poumons. A l'exception de mon séjour à Toulouse, au Mans et désormais à Pékin, j'avais toujours inconsciemment  recherché la présence des vagues et du sel, de Dakar à Cayenne, de la Favière à Tokyo, de Nice à Hong Kong, je vivais avec cette certitude floue d'une limite franchissable et plus ou moins marquée entre le continent et le bleu néant.

Je marchai jusqu'à l'épuisement, sillonnai des marchés aux vêtements nichés dans des ruelles pas plus larges que mes épaules,  fis une sieste à l'hôtel, ressortis en ville manger des veggie lasagna assez goûteuses dans un cyber café où une partie de la jeunesse de Hong Kong avait pris ses quartiers.

 

Jour 2

Mauvaise nuit. Peu dormi. Sûrement décalé par ma sieste. Montée en funiculaire au Peak Victoria. Marche jusqu'au sommet, enfin presque, renoncement à cinq cent mètres, trop de fatigue, trop de brume, trop de sueur collant ma peau à mon t-shirt, gouttant de mon front, perlant à mes joues. Belle vue cependant. Trouve la force d'aller jusqu'à l'exhibition center. Après quelques stations de métro sur la ligne Island line, le front de mer vaut le coup d'œil, pour la symétrie axiale de ma situation d'hier mais il faut passer à autre chose, je me lance pour Causeway Bay au nom si poétique (la baie du chemin de la cause?). Tu parles. Des magasins par centaines, des rues archibondées, aucune âme, aucun espace, je me décourage et retourne à Kowloon en vitesse. Après un repas frugal, je m'accorde une pause climatisée au Musée d'Histoire sur Chattam road. Enchantement, reconstitution à l'échelle 1/1 de paysages, d'habitats d'il y a plusieurs milliers d'années dans ce qui n'était alors que des marécages, il y a aussi une jonque de boat dwellers, des photographies en noir et blanc de paysans dans les marins salants, des gardiens des dieux, géants de papier multicolores confectionnés à l'occasion de fêtes religieuses, des têtes et des dos de dragons en tissu mus par des marionnettes plus vraies que nature.

Je passe au musée de la science mais en sors rapidement car il cible les enfants et j'ai le blues de n'être accompagné ni de Marion ni de Titouan.

Je découvre en sortant des bars branchés, aux façades dessinées par des architectes portés sur la zen attitude, avec terrasses en plein air, parquet en teck, fauteuils en rotin, du côté de Mady road, où se pressent des amoureux et des expats, parfois des expats amoureux.

 

Jour 3

Déçu par ma deuxième journée, j'ai avancé mon retour.

Les plages de Hong Kong island, ce sera pour une autre fois.

Ma plus belle photo de Chine n'a pas été fixée sur la carte flash. Elle est stockée dans ma mémoire. Nous venions de quitter Pékin et filions vers Hong Kong. Dix minutes après le décollage, je reçus à travers le hublot une vision cosmique.

 

Sommets des montagnes, affutés comme lames de couteau

Crèvent

Peau cousue de nuages.

Saigné à blanc

Le ciel rend à la terre

Son âme pleine d'éther.

  Aucun commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 15-06-2008 à 17h02



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  Blog créé le 07-02-2008 à 14h49 | Mis à jour le 26-09-2008 à 15h40 | Note : Pas de note